top of page
Rechercher

LDF 2026 : Le nouveau statut fiscal du bailleur privé et les stratégies d'optimisation des revenus fonciers

  • Photo du rédacteur: David Sanglier
    David Sanglier
  • il y a 16 heures
  • 11 min de lecture

L’adoption de la Loi de Finances pour 2026 intervient dans un climat d’urgence pour le secteur immobilier français. Face à une crise persistante de l'offre locative et à l'attrition des dispositifs d'incitation fiscale traditionnels, le législateur a acté un changement de paradigme fondamental. L’article 47 de la loi de finances pour 2026 crée le "statut fiscal du bailleur privé" (souvent désigné sous le terme de dispositif « Jeanbrun » ou « Relance logement »).


Pour les dirigeants d'entreprise, les entrepreneurs et les professions libérales, dont la constitution d'un patrimoine immobilier de rendement constitue souvent le socle de la préparation à la retraite et de la sécurisation familiale, cette loi modifie les règles de l'ingénierie patrimoniale. Loin de proposer une simple reconduction des mécanismes de réduction d'impôt (type Pinel), le texte réintroduit une logique d'amortissement fiscal pour les revenus fonciers, applicable aux investissements réalisés jusqu'à la fin de l'année 2028.


Parallèlement, la prorogation des règles dérogatoires d'imputation des déficits fonciers pour la rénovation des « passoires thermiques » vient conforter les stratégies d'investissement axées sur la réhabilitation écologique.


Toutefois, derrière l'attrait apparent de ces déductions se cachent des contraintes juridiques strictes et un redoutable mécanisme de reprise sur les plus-values futures. Cet article propose un décryptage exhaustif et stratégique de ces nouvelles dispositions, afin de vous permettre d'arbitrer avec rigueur entre rentabilité immédiate, structuration juridique et fiscalité à long terme.


1. De la réduction d'impôt à la déduction foncière : Comprendre le changement de paradigme


La première étape pour maîtriser ce nouveau statut consiste à en comprendre la mécanique intime. Contrairement aux dispositifs récents qui offraient une réduction directe de l'impôt final, le dispositif du bailleur privé agit en amont, sur la base imposable.


Le retour de l'amortissement fiscal


Le principe est de permettre au contribuable de déduire de ses revenus fonciers un amortissement calculé sur le prix d'acquisition du bien. Ce mécanisme s'apparente, dans sa philosophie, aux anciens dispositifs Périssol ou Robien.


L'investisseur peut ainsi déduire, sous forme d'amortissement annuel, jusqu'à 80 % de son investissement immobilier. La base de calcul de cet amortissement est toutefois strictement encadrée : elle correspond au prix d'acquisition du logement, dont il faut retrancher systématiquement la valeur du foncier (le terrain), estimée de manière forfaitaire et non négociable à 20 % du prix global.


De plus, la loi précise expressément que ce prix d'acquisition s'entend « net de frais ». Cela signifie, d'un point de vue comptable et fiscal, que les honoraires de votre notaire, les éventuelles commissions d'agence immobilière, ainsi que les droits de mutation, sont exclus de la base amortissable.


Une progressivité liée à l'utilité sociale


Le législateur a conditionné le rendement de cet avantage fiscal à l'effort consenti par le bailleur en matière de tarification locative. Les taux d'amortissement annuels varient entre 3 % et 5,5 %.


Concrètement, la grille de lecture est la suivante :

  • Pour un investissement dans un logement neuf (ou en l'état futur d'achèvement), le taux est de 3,5 % si vous louez au niveau "intermédiaire", de 4,5 % pour un loyer "social", et grimpe à 5,5 % pour un loyer "très social".

  • Pour un investissement dans un logement ancien réhabilité, les taux sont légèrement inférieurs, s'établissant respectivement à 3 %, 3,5 % et 4 % selon la même gradation sociale.


La période d'amortissement débute le premier jour du mois d'achèvement de l'immeuble (ou de son acquisition si elle est postérieure). L'amortissement n'a pas de durée limite fixée par la loi : il perdure tant que le bien génère des revenus fonciers, jusqu'à l'épuisement du plafond de 80 % du prix d'acquisition éligible.


Stratégiquement : Ce mécanisme d'amortissement est particulièrement puissant pour les dirigeants fortement imposés (Tranche Marginale d'Imposition à 41 % ou 45 %), car la déduction vient gommer des revenus fonciers qui auraient été taxés au taux le plus haut, auquel s'ajoutent les prélèvements sociaux (17,2 %). L'économie d'impôt est donc proportionnelle à votre niveau de revenus.


2. Le profil de l'investisseur éligible et le piège du démembrement de propriété


Le dispositif est conçu pour flécher l'épargne privée vers l'économie réelle. Il s'adresse aux personnes physiques dont les loyers relèvent de la catégorie des revenus fonciers.


La compatibilité avec les structures sociétaires (SCI)


Pour les chefs d'entreprise habitués à structurer leur patrimoine, la bonne nouvelle réside dans l'éligibilité des investissements réalisés par l'intermédiaire de sociétés non soumises à l'impôt sur les sociétés (typiquement les SCI à l'IR ou les SCPI).


Cependant, cette interposition requiert une gouvernance rigoureuse. La loi exige un double engagement : la société doit s'engager à louer le bien selon les critères requis, mais l'associé (le contribuable) doit également prendre l'engagement formel de conserver la totalité de ses parts sociales pendant toute la durée de l'engagement de location de la société (soit 9 ans minimum). La cession, même partielle, de vos parts de SCI durant cette période entraînerait la remise en cause de l'avantage fiscal à votre niveau.


Il est à noter que le dispositif ne pose aucune condition de résidence fiscale française au moment de l'investissement : les non-résidents peuvent en bénéficier à condition que leurs revenus locatifs soient imposables en France.


L'incompatibilité majeure : l'exclusion du démembrement


C'est ici que se situe l'un des points de vigilance stratégiques les plus cruciaux de la loi de finances pour 2026. Le bénéfice de l'amortissement est catégoriquement exclu pour les logements ou les titres de sociétés dont le droit de propriété est démembré.


Si vous êtes nu-propriétaire ou usufruitier d'un bien, ou si vous détenez des parts de SCI en démembrement, vous ne pouvez pas pratiquer cette déduction. Dans la pratique des affaires et de la gestion de fortune, le démembrement de parts de SCI est l'outil roi de la transmission anticipée du patrimoine aux enfants. La loi de finances vous oblige donc à opérer un choix stratégique clair lors de l'acquisition : privilégier l'optimisation immédiate de l'impôt sur le revenu (en conservant la pleine propriété pour amortir) ou privilégier la transmission sans frottement fiscal de votre vivant (en démembrant, mais en renonçant à l'amortissement).


Une seule exception de "sauvegarde" est prévue par le législateur : si le démembrement résulte du décès de l'un des conjoints (soumis à imposition commune), le conjoint survivant qui devient titulaire de l'usufruit ou attributaire du logement peut demander la reprise du dispositif à son profit pour la période restant à courir.


3. Les actifs éligibles : Neuf, construction et réhabilitation lourde


La loi de finances ne fixe aucune condition de zonage géographique (le bien peut être situé n'importe où en France métropolitaine ou outre-mer), mais elle est en revanche stricte sur la typologie des biens.


L'impératif de l'habitat collectif La condition absolue est que l'investissement porte sur un logement situé dans un "bâtiment d'habitation collectif". Au sens du Code de la construction et de l'habitation, cela désigne un bâtiment regroupant plus de deux logements partiellement ou totalement superposés. En conséquence, la construction de maisons individuelles (même au sein d'une copropriété horizontale) ou de maisons jumelées est totalement exclue du statut de bailleur privé.


Le spectre des opérations éligibles


Sont éligibles à l'amortissement (taux de 3,5 % à 5,5 %) :

  • Les logements acquis neufs (n'ayant jamais été habités).

  • Les logements acquis en l'état futur d'achèvement (VEFA).

  • Les logements que le contribuable fait construire lui-même.


Sont également éligibles (taux de 3 % à 4 %) :

  • Les logements anciens qui font l'objet de travaux concourant à la livraison d'un immeuble neuf au sens de la TVA.

  • Les logements anciens faisant l'objet d'une "réhabilitation lourde". Cette notion est vitale : les travaux d'amélioration doivent représenter au moins 30 % du prix d'acquisition et permettre au bâtiment d'atteindre un niveau élevé de performance énergétique (classes A ou B du DPE en métropole), tout en respectant des critères de sécurité et de décence. Dans ce cas de figure, la base de calcul de l'amortissement inclut fort heureusement le montant de ces lourds travaux.


4. Engagements, contreparties et exclusion de la sphère familiale


L'avantage fiscal est la stricte contrepartie d'une politique de location abordable. L'option pour le dispositif, qui doit être formulée lors du dépôt de la déclaration de revenus de l'année d'achèvement ou d'acquisition, est irrévocable.


Un bail contraint sur 9 ans Le propriétaire (ou la société) doit s'engager formellement à louer le bien nu (les locations meublées LMNP ou LMP sont donc exclues d'office) à titre de résidence principale du locataire, pour une durée minimale de neuf années.


La location doit être effective et continue. Une vacance prolongée (généralement tolérée jusqu'à 12 mois par l'administration en cas de recherche active de locataire) ou la réservation de la jouissance du bien, même pour quelques semaines, est rédhibitoire. Surtout, la location doit prendre effet dans les douze mois qui suivent l'achèvement de l'immeuble ou son acquisition.


Les plafonds d'accessibilité Le bailleur doit respecter un double plafonnement :

  • Le plafond de loyer : Le loyer au mètre carré ne doit pas dépasser des seuils réglementaires fixés selon les zones tendues.

  • Le plafond de ressources : Le locataire doit présenter, au jour de la signature du bail, un revenu fiscal de référence inférieur à un plafond dépendant de la composition de son foyer et de la localisation du bien. La loi s'appuie sur les grilles préexistantes : les plafonds du dispositif Pinel pour la location intermédiaire, et ceux du dispositif Loc'Avantages pour les locations sociales et très sociales.


L'interdiction de louer à ses proches


À la différence de certains dispositifs antérieurs qui permettaient de loger ses enfants tout en défiscalisant, le statut de bailleur privé issu de la loi de finances pour 2026 instaure une véritable étanchéité familiale. Le logement ne peut, sous aucun prétexte, être donné en location à un membre de votre foyer fiscal, ni à un parent ou allié jusqu'au deuxième degré inclus (ce qui englobe vos enfants, petits-enfants, parents, grands-parents, ainsi que vos frères et sœurs).


Si l'investissement est réalisé via une SCI, et que cette dernière loue le bien à l'un des associés (ou à l'un de ses proches jusqu'au 2ème degré), cet associé spécifique est privé du bénéfice de l'amortissement fiscal sur sa quote-part.


5. Ingénierie fiscale : Plafonds, déficits et le "joker" du plafonnement global


L'optimisation des revenus fonciers via ce nouveau statut nécessite de maîtriser l'articulation des différents plafonds légaux.


Le double plafond de l'amortissement Le législateur a encadré le volume de la dépense fiscale. La somme totale des déductions pratiquées au titre de cet amortissement ne peut excéder 8 000 € par an et par foyer fiscal.


Cependant, dans une optique de politique publique du logement, ce plafond est rehaussé si vous orientez votre patrimoine vers le logement social. Il passe à 10 000 € (+ 2 000 €) si au moins la moitié des revenus bruts issus des logements amortis provient de locations "sociales", et il culmine à 12 000 € (+ 4 000 €) si la moitié provient de locations "très sociales".


L'investisseur ne peut, par ailleurs, pas cumuler cet avantage, sur le même logement, avec le régime du micro-foncier (l'option au régime réel est obligatoire), ni avec les réductions d'impôt Malraux, Denormandie ou les dispositifs d'investissement outre-mer.


Le traitement des déficits fonciers


Si l'addition des charges courantes, des intérêts d'emprunt (qui restent intégralement déductibles) et du nouvel amortissement génère un déficit foncier, celui-ci obéit aux règles de droit commun. La part du déficit ne provenant pas des intérêts d'emprunt s'impute sur votre revenu global jusqu'à la limite de 10 700 € par an. L'excédent vient s'imputer sur les revenus fonciers des dix années suivantes.


L'atout maître : Hors du plafonnement des niches fiscales


C'est probablement l'aspect le plus puissant et le plus stratégique de l'article 47 de cette loi. L'avantage fiscal procuré par ce nouvel amortissement n'est pas pris en compte dans le plafonnement global des avantages fiscaux (le fameux plafond des niches fiscales de 10 000 € prévu à l'article 200-0 A du CGI).


Pour les dirigeants fortement rémunérés qui saturent déjà leur plafond de 10 000 € chaque année (via l'emploi à domicile, les frais de garde, ou d'autres réductions d'impôt), le statut de bailleur privé permet de recréer une capacité de déduction fiscale totalement indépendante et additionnelle. Ce point justifie à lui seul une réévaluation de vos stratégies d'investissement actuelles.


6. Le revers de la médaille : La fiscalité latente de la plus-value


L'analyse de tout investissement immobilier par un expert-comptable se doit d'intégrer le moment de la sortie (la cession de l'actif). Sur ce point, le statut de bailleur privé contient un mécanisme qui transforme ce qui ressemble à une "réduction d'impôt" en un véritable "différé d'imposition".


La loi modifie l'article 150 VB du CGI relatif au calcul de la plus-value immobilière des particuliers. Lors de la revente du logement (ou des parts de la SCI), le prix d'acquisition qui servira de base au calcul de votre plus-value imposable sera minoré du montant total des amortissements que vous avez déduits durant les années de détention.


La démonstration stratégique : Si vous acquérez un bien éligible à 300 000 € et que vous avez déduit 60 000 € d'amortissements sur vos revenus fonciers au cours de la location. Lors de la revente à 350 000 €, votre plus-value brute ne sera pas de 50 000 € (350k - 300k), mais de 110 000 € (350k - [300k - 60k]).


L'économie d'impôt sur le revenu réalisée chaque année au taux marginal (ex: 45 % + 17,2 % = 62,2 %) sera partiellement reprise lors de la cession via l'impôt sur la plus-value (actuellement 19 % + 17,2 % = 36,2 %, hors abattements pour durée de détention). Ce mécanisme exige donc une détention très longue du bien pour que le jeu des abattements sur les plus-values immobilières finisse par neutraliser ce rattrapage fiscal. L'investissement dans le cadre du statut Jeanbrun doit être pensé comme un actif patrimonial de conservation, et non comme une opération spéculative à horizon de 10 ans.


Le risque de requalification fiscale


Si vous rompez l'un de vos engagements (cession anticipée du bien ou des parts de la SCI avant 9 ans, location à un proche, non-respect des plafonds de loyer), la sanction est brutale : l'intégralité des amortissements déduits par le passé est réintégrée au revenu net foncier de l'année de la rupture.


Pour éviter que cette réintégration massive ne vous propulse artificiellement dans les tranches d'imposition les plus hautes en une seule année, la loi prévoit un "système de quotient". La surtaxe est calculée en divisant le montant réintégré par le nombre d'années d'amortissement, puis en multipliant la cotisation marginale générée par ce même nombre d'années. Bien que ce système atténue la progressivité de l'impôt, la charge financière liée au redressement reste colossale. Seuls l'invalidité, le licenciement ou le décès du contribuable exonèrent de cette reprise.


7. Le sursis prolongé pour les « Passoires Thermiques »


L'article 47 de la loi de finances pour 2026 ne se limite pas à la création du statut de bailleur privé. Il comporte également une mesure essentielle pour les investisseurs orientés vers la réhabilitation du parc ancien : la prorogation du dispositif d'imputation majorée du déficit foncier sur le revenu global.


Afin de stimuler la rénovation énergétique du parc locatif, la limite de droit commun d'imputation du déficit foncier sur le revenu global (10 700 €) peut être rehaussée jusqu'à 21 400 € par an. Cette majoration stricte est conditionnée à la réalisation de dépenses de travaux de rénovation énergétique permettant au bien de sortir de l'état de passoire thermique (passer d'une classe énergétique E, F ou G à une classe A, B, C ou D).


Ce dispositif d'exception, codifié à l'article 156 du CGI, devait s'éteindre au 31 décembre 2025. La loi de finances pour 2026 le proroge de deux années supplémentaires. Il s'appliquera donc aux dépenses de rénovation énergétique effectivement payées entre le 1er janvier 2026 et le 31 décembre 2027.


Posture stratégique : Pour les dirigeants disposant d'une trésorerie disponible importante, l'acquisition d'un bien fortement dégradé (classé F ou G) génère une double opportunité immédiate. Non seulement vous valorisez un actif décoté à l'achat, mais vous bénéficiez jusqu'en 2027 d'un levier d'effacement de l'impôt sur le revenu global particulièrement agressif (21 400 €). Si la réhabilitation est "lourde" au point d'atteindre la classe A ou B, le bien pourrait même, à l'issue des travaux, basculer dans le régime d'amortissement du bailleur privé pour les revenus futurs. Une telle combinaison exige cependant une ingénierie calendaire et documentaire sans faille, les dates de facturation et de paiement faisant foi en cas de contrôle fiscal.


Conclusion : La nécessité absolue d'une modélisation sur-mesure


La Loi de Finances pour 2026 redessine la carte de l'investissement locatif privé. Le nouveau statut d'amortissement, par son exclusion du plafonnement des niches fiscales et son intégration possible au sein d'une SCI, constitue une arme de défiscalisation puissante pour les foyers soumis aux tranches d'imposition les plus élevées.


Néanmoins, l'interdiction du démembrement de propriété, les contraintes de tarification locative sur 9 ans, et surtout, l'impact différé de l'amortissement sur le calcul de la plus-value immobilière à terme, interdisent toute décision hâtive. Il n'y a pas d'optimisation magique : ce qui est gagné à l'entrée par la déduction des loyers risque d'être en partie restitué à la sortie lors de la cession.


La pertinence de ce dispositif ne peut s'apprécier qu'au travers du prisme de votre situation globale. S'agit-il de vous constituer une rente à vie ? De préparer la transmission à vos enfants ? Ou simplement de diversifier les liquidités excédentaires de votre holding ?


Face à la complexité de l'article 47 et aux risques de requalification, le recours à une modélisation financière et fiscale personnalisée est impératif.



Commentaires


Contact

CAD+

58A rue du dessous des berges 75013 Paris, France

E-Mail : contact@cadplus.fr

Tél : 01 84 17 80 44

  • White LinkedIn Icon
  • White Facebook Icon

Merci pour votre envoi !

bottom of page